C’est une chose étrange à la fin que le monde, ou la philo pour les nuls!


Même si c’est un peu vache de résumer ainsi son dernier livre, c’est quand même ce que je me suis dit durant une bonne partie de ma lecture; non pas qu’il soit mauvais ou ennuyeux de remettre le nez dans un peu de philo, surtout lorsque le prof est aussi émérite et use d’un si beau langage, mais j’avoue que c’est ce que m’a inspiré toute la lecture du dernier livre de Jean d’Ormesson : C’est une chose étrange à la fin que le monde.

Je me suis laissé charmer par le titre, j’avoue, qui est d’une si belle poésie, énigmatique si on ne connait pas le reste du poème d’ailleurs; et puis aussi par le personnage de l’auteur, fier académicien, beau parleur et sénior toujours aussi vert, avouez qu’il a du charme et de la gouaille notre cher d’Ormesson ^^

Comme je le disais, ce livre est surtout une bonne lecture si vous voulez, comme moi, vous réconcilier avec la philo. Ce n’était pas mon intention première, mais quand on a eu la prof que j’ai eu à l’époque… on partait de loin ;); malgré tout, en une première partie consacrée à l’histoire de la pensée humaine et de la philosophie, puis une seconde plus orientée sur une réflexion sur ce qu’est le monde, l’univers, le temps et l’espace, emporté par un style très agréable à lire, de bien belles tournures à ressortir dans les dîners et, j’avoue aussi, une présentation très aérée qui permet de faire une pause à n’importe quel moment (je sais, je suis une grosse feignasse en lecture quand je m’y met, mais c’est un des droits du lecteur tels qu’édictés par Pennac, excusez du peu pour la référence :p).

Bref, c’est une lecture très agréable, assez rapide, car malgré l’épaisseur du livre, le texte est, comme dit, très aéré, on avance donc vite (la rapidité est sûrement due également au style de l’auteur, mais ça, c’est affaire de goût peut être ^^).

Afin que vous puissiez vous faire une petite idée, voici quelques petites phrases, pour que vous aussi vous puissiez briller dans les dîners (sans même l’avoir lu!!!! Bande de feignasses! :p):

« Ceux qui ne croient pas en Dieu font preuve d’une crédulité qui n’a rien à envier à celle qu’ils reprochent aux croyants. Ils croient à une foule de choses aussi peu vraisemblables que ce Dieu qu’ils rejettent: tantôt au hasard et à la nécessité, tantôt à l’éternité de l’univers ou à ce mythe qu’ils avalent tout cru d’un temps dont l’origine ne poserait pas de problèmes (en faisant référence ici au mur de Planck dont il parle quelques pages auparavant ndlr). A l’homme surtout, à l’homme, sommet et gloire de la création, chef-d’oeuvre d’orgueil et trésor pour toujours, et à l’humanisme »

Ou encore:

« Mais il y a des hommes. Et des femmes. Les femmes sont des hommes comme les autres. Et les hommes, en retour, font de leur mieux pour être des femmes comme les autres. Toutes les femmes sont des hommes et -encore une chance – un homme sur deux est une femme. »

« Tout ce qui est né mourra. Tout ce qui est apparu dans le temps disparaîtra dans le temps. Au commencement des choses, il y a un peu moins de quatorze milliards d’années, il n’y avait que de l’avenir. A la fin de ce monde et du temps, il n’y aura plus que du passé. »

Et enfin

« Il faut toujours penser comme si Dieu existait et toujours agir comme s’il n’existait pas. »

Et c’est sur cette dernière phrase, particulièrement belle et pertinente que je vous laisse :)

Ps: Ah, et pour les plus curieux et les esthètes, le titre du livre est le premier ver d’un poème d’Aragon (ce qui va me rabibocher avec cet auteur, un grand scoop!!!!) dont je vous donne la suite:

C’est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur, ces midis d’incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes.

Rien n’est si précieux peut être qu’on le croit
D’autres viennent. Ils ont le coeur que j’ai moi-même
Ils savent toucher l’herbe et dire je vous aime
Et rêver dans le soir où s’éteignent les voix.

D’autres qui feront comme moi le voyage
D’autres qui souriront d’un enfant rencontré
Qui se retourneront pour leur nom murmuré
D’autres qui lèveront les yeux vers les nuages.

Il y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin là sera l’aube première
Il y aura toujours l’eau, le vent, la lumière
Rien ne passe après tout, si ce n’est le passant.

C’est une chose au fond que je ne puis comprendre
Cette peur de mourir que les gens ont chez eux
Comme si ce n’était pas assez merveilleux
Que le ciel, à un moment, nous ait paru si tendre.

Oui je sais cela peut sembler court un moment
Nous sommes ainsi faits que la joie et la peine
Fuient comme un vin menteur de la coupe trop pleine
Et la mer à nos soifs n’est qu’un commencement

Mais pourtant, malgré tout, malgré les temps farouches
Le sac lourd à l’échine et le coeur dévasté
Cet impossible choix d’être et d’avoir été
Et la douleur qui laisse une ride à la bouche.

Malgré la guerre et l’injustice et l’insomnie
Où l’on porte, rongeant votre coeur, ce renard
L’amertume, et Dieu sait que je l’ai pour ma part
Porté comme un enfant volé toute ma vie

Malgré la méchanceté des gens et les rires
Quand on trébuche et les monstrueuses raisons
Qu’on vous oppose pour vous faire une prison
De ce qu’on aime et qu’on croit un martyre.

Malgré les jours maudits qui sont des puits sans fond
Malgré ces nuits sans fin à regarder la haine
Malgré les ennemis, les compagnons de chaînes
Mon Dieu, Mon Dieu, qui ne savent pas ce qu’ils font

Malgré l’âge et lorsque, soudain, le coeur vous flanche
L’entourage prêt à tout croire à donner tort
Indifférent à cette chose qui vous mord
Simple histoire de prendre sur vous une revanche

La cruauté générale et les saloperies
Qu’on vous jette on ne sait trop qui faisant école
Malgré ce qu’on a pensé, souffert les idées folles
Sans pouvoir soulager d’une injure ou d’un cri

Cet enfer malgré tout cauchemars et blessures
Les séparations les deuils les camouflets
Et tout ce qu’on voulait, pourtant ce qu’on voulait
De toute sa croyance imbécile à l’azur

Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle
Qu’à qui voudra m’entendre, à qui je parle ici
N’ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci
Je dirai malgré tout que cette vie fut belle.

Louis Aragon, Que la vie en vaut la peine …

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